Bob Dylan. Une icône judiciaire américaine

Choses lues. Sélection bibliographique française (hiver-printemps

Le président Trump, architecte fédéral en chef.

Covid-19 et responsabilité civile des personnes morales.

Qu’est-ce qu’un contrat (d’artiste) ? La réponse des Marx (...)

Choses lues. Sélection bibliographique française (hiver-printemps 2021).

Kerwin Spire, Monsieur Romain Gary. Consul général de France - 1919 Outpost Drive - Los Angeles 28, California, Gallimard, 2021.

Lorsqu’en février 1956 Romain Gary arrive à Los Angeles, le compagnon de la Libération n’a pas encore eu le Goncourt pour Les racines du ciel et n’a pas commencé à écrire La promesse de l’aube. Durant les quatre années où il exerce le poste de consul général de France dans la Cité des Anges se nouent tous les fils d’une histoire hollywoodienne qui va bouleverser à la fois l’homme et son œuvre. Monsieur Romain Gary est le récit de la transformation d’un homme qui, par-delà ses multiples vies, cherche toujours à se réinventer. C’est aussi la fresque d’une époque intense sur laquelle souffle un grand vent de liberté.

Chafik Sayari, De Tom Molineaux à Muhammad Ali, éd. Syllepse, coll. Radical America, 2021, 300 p.

Aux États-Unis, le ring a toujours été un terrain de mise en scène de la domination raciale et de sa contestation. Tel est le point de départ d’un récit sensible et incarné, faisant revivre la trajectoire de quelques-uns des plus grands boxeurs noirs de l’histoire américaine. De la période esclavagiste au mouvement des droits civiques des années 1960, en passant par les deux guerres mondiales, la figure du boxeur noir n’a cessé de cristalliser les espoirs de la population afro-américaine mais aussi la haine et le désir de vengeance du pouvoir et de ses alliés.
On croisera dans les pages de ce livre de nombreux boxeurs, dont Tom Molineaux, ancien esclave qui devint célèbre lorsque ses victoires portèrent atteinte au prestige racial blanc  ; Peter Jackson, victime, comme tant d’autres boxeurs noirs, de la barrière de couleur qui le priva de la consécration suprême sur le ring  ; Jack
Johnson, premier champion du monde noir des poids lourds en 1908, ou encore Muhammad Ali, «  le plus grand  ».
Dans Histoire politique du ring noir, sport et politique, racisme et histoire des États-Unis s’entremêlent et dessinent des figures comme autant de coups portés, reçus et esquivés.

Philippe Corbé, Roy Cohn, l’avocat du diable, Paris, Grasset, 2021, 381 p.

« Où est mon Roy Cohn ? Ce cri lancé par Donald Trump à la Maison Blanche peu après son investiture a sonné comme un aveu. J’ai suivi le président des Etats-Unis à travers le pays en tant que correspondant de RTL, j’ai observé ses méthodes, j’ai pensé le comprendre. Mais ce n’est qu’en enquêtant sur Roy Cohn que j’ai pu déceler ce qui constitue fondamentalement le président américain le plus déroutant de l’histoire.Lorsque, au début des années 70, le jeune Trump aborde Roy Cohn au culot dans un club, il n’est que l’héritier d’un promoteur immobilier sans éclat du Queens qui a pour conseil cet avocat vénéneux et sans scrupules, l’un des plus puissants et le plus craint de New York.Des années plus tôt, au service du sinistre McCarthy, il a fait exécuter Ethel Rosenberg en manipulant le juge ; il a été le plus cruel des « chasseurs de sorcières » communistes ; il a survécu aux inquisitions de son rival, Robert Kennedy ; il a pris ses leçons de duplicité chez J. Edgar Hoover ; il est devenu l’ami de Nixon. Courtisan de Reagan, il lui a présenté un homme qui rêvait de prendre pied aux USA, l’Australien Rupert Murdoch, plus tard fondateur de FOX News, la chaîne de bourrage de crâne trumpienne depuis bientôt quatre ans.Roy Cohn, le camarade de soirées d’Andy Warhol et d’Estée Lauder, l’avocat de l’archevêché de New York comme des grandes familles de la mafia, d’Aristote Onassis, de Bianca Jagger et de la discothèque Studio 54 où il passe ses nuits, n’a pas un dollar sur ses comptes, ne paie ni ses factures ni ses impôts, mais roule en Rolls. C’est un homosexuel dans le placard et un Juif qui a honte d’être juif. Il est devenu après sa mort un personnage du chef-d’œuvre de théâtre Angels in America, où il est qualifié d’ ‘‘étoile polaire du mal humain’’.C’est ce maître en cynisme, en manipulations et en coups bas qui a pris sous son aile maléfique le jeune Trump. On ne peut comprendre le second sans connaître le premier ».

André Gagné, Ces évangéliques derrière Trump, Labor et Fides, 2020, 161 p.

« Ces évangéliques derrière Trump Les chrétiens blancs évangéliques dits « nés de nouveau » ont joué un rôle considérable dans l’élection de 2016 en votant à 81% en faveur de Donald J. Trump. Pour la frange charismatique proche du pouvoir politique, le président Trump représente le seul espoir pour l’Amérique. On le compare même parfois au roi perse Cyrus le Grand, libérateur choisi par Dieu pour l’affranchissement du peuple juif au VIe siècle avant notre ère. Selon André Gagné, trois idées centrales ont contribué à l’émergence du charismatisme en politique aux États-Unis : le dominionisme (l’idée selon laquelle les chrétiens sont appelés par Dieu à exercer leur autorité sur tous les aspects de la société par le contrôle des institutions politiques et culturelles), le combat spirituel (la lutte contre le diable), et l’eschatologie (la doctrine de la fin du monde). Sachant que l’élection de novembre 2020 sera décisive pour l’Amérique, peut-on se permettre de négliger la façon dont ces idées ont façonné la politique sous l’administration Trump ? André Gagné propose d’examiner la manière dont ces trois idées ont inspiré certains charismatiques au sein du pouvoir américain à l’ère Trump. »

William Edward Burghardt Du Bois, Pénombre de l’aube, 2020, Vendémiaire, collection Compagnons de voyage, 420 p., Traducteur : Jean Pavans.

« Né métis en 1868 dans le petit village de Great Barrington, dans le Massachusetts, trois ans à peine après la guerre de Sécession qui mit fin à l’esclavage dans les États du Sud, William Edward Burghardt Du Bois va devenir l’un des plus importants activistes de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis, puis, au fil de ses voyages en Europe et en Afrique, un des initiateurs du panafricanisme. En 1940, à l’âge de 72 ans, il publie, sous le titre original Dusk of Dawn, une récapitulation de sa vie à la lueur du « concept de race », qui a selon lui, avec les colonisations et l’esclavagisme, déterminé les rapports entre les peuples du monde. Tout son parcours l’y a incité : jeune étudiant découvrant la ségrégation dans le Tennessee, premier Afro-Américain à obtenir un doctorat à Harvard - où il suit les cours et les conseils de William James -, producteur infatigable de recherches sur les conditions de vie des Noirs à l’université d’Atlanta, chef en 1905 du Niagara Movement qui donnera naissance en 1909 à la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), toujours en activité aujourd’hui, créateur du magazine The Crisis, tribune d’idées et arme de combat. Du Bois cependant avait encore vingt-trois années fructueuses à vivre. Il mourra à Accra, communiste et citoyen ghanéen. Traduit pour la première fois en langue française et présenté par Jean Pavans, spécialiste de Henry James, ce document capital, d’une haute tenue littéraire, restitue la pensée de cette figure incontournable de l’histoire noire américaine, avant les combats de Martin Luther King et Malcolm X. »

Jean-Bernard Cadier, Joe Biden, de Scranton à la Maison Blanche, Éditions de l’Archipel, 2021, 228 p.

« Après 4 jours pendant lesquels la planète a retenu son souffle, les résultats sont tombés : le démocrate Joe Biden remporte les élections présidentielles américaines, face au tonitruant Donald Trump. Jean-Bernard Cadier, correspondant à Washington, retrace le parcours et la campagne électorale, de sa ville natale de Scranton à la Maison Blanche, du 46e président des États-Unis. 7 novembre 2020, 11 h 25. Après quatre jours de suspense, le démocrate Joe Biden est déclaré vainqueur de la présidentielle américaine. La Pennsylvanie, son État d’origine, lui a donné la victoire – sur le fil. Sa campagne, toute de discrétion, l’a emporté sur les provocations et gesticulations de Donald Trump. Cette victoire, il l’a dédiée à son fils Beau, mort d’un cancer en 2015. L’enquête de Jean-Bernard Cadier retrace le parcours d’un homme parvenu aux plus hautes fonctions à force de ténacité et de résilience. Une vie ponctuée de drames, de choix controversés et de gaffes monumentales. Mais Biden a démontré son courage et son habileté politique, qualités acquises sur le long chemin qui l’a mené de Scranton, sa ville natale, jusqu’au Bureau ovale. À 78 ans, il retrouve donc cette Maison Blanche où il a passé huit ans au côté de Barack Obama. Mais sera-t-il à la hauteur ? Pourra-t-il sortir son pays de la crise sanitaire et économique, sans majorité au Sénat ? Tel est le principal défi qui attend le 46e président des États-Unis. »

Sophie Siers, Cher Donald Trump, Mijade, 2021, Illustrations d’Anne Villeneuve, 2021, 40 p.

Sam ne supporte plus son grand frère et construit un mur pour séparer la chambre en deux. Régulièrement, il écrit au président américain Donald Trump pour le remercier de cette idée, l’informer de l’avancée de son projet et des réactions qu’il suscite. Cependant, le garçon commence à réaliser que le dialogue peut être préférable à la séparation.

Alain Badiou, Trump, PUF, 2020, 104 p.

Une analyse philosophique de la présidence de Donald Trump et de sa signification dans le contexte politique actuel. Le penseur identifie l’élection de l’homme d’affaires américain comme le symptôme d’un capitalisme démocratique visant à effacer les oppositions réelles sous de fausses contradictions. Il appelle à une résistance réelle reposant sur l’idée d’un nouveau communisme.
Trump Les esprits éclairés aiment à se moquer de Donald Trump. Il serait le symbole d’une forme de stupidité politique qui n’attendrait que le réveil des gens de bonne volonté pour s’évanouir comme un mauvais rêve. Rien n’est plus faux. Plutôt qu’un symbole, Trump est un symptôme : celui de la disparition progressive de la politique sous l’effet d’un gigantesque processus d’unification, où les camps en apparence les plus hostiles se tiennent en réalité la main. Pour en finir avec Trump, c’est cette disparition qu’il, convient de combattre, en restaurant les possibilités d’une résistance au consensus fondamental de notre temps. Celui-ci porte un nom : capitalisme démocratique.

Jérôme Cartillier & Gilles Paris, L’Amérique, années Trump, Gallimard, 2020, 387 p.

« Depuis l’élection de Donald Trump en novembre 2016, Jérôme Cartillier et Gilles Paris suivent au quotidien ses points de presse improvisés dans le bureau Ovale, ses voyages à l’étranger à bord d’Air Force One, ses tweets à l’emporte-pièce, la valse de ses conseillers et ministres, ses déplacements entre Washington et sa luxueuse résidence de Mar-a-Lago ainsi que les meetings d’une campagne électorale permanente. Décryptant les bouleversements d’une société soumise aux électrochocs de la Maison Blanche, la déstabilisation inouïe de l’ordre mondial par la montée de l’antagonisme avec la Chine et l’Union européenne, les auteurs nous livrent le premier récit circonstancié de la présidence du magnat de l’immobilier et de la téléréalité qui a bravé tous les codes, mêlé business familial et conduite des affaires de l’État, mais survécu à l’impeachment - s’appuyant jusqu’en février 2020 sur des indicateurs économiques au beau fixe. Ils nous font vivre l’irruption du Covid-19 aux États-Unis et sa gestion erratique, ainsi que les tensions raciales exacerbées par les violences policières à l’occasion de la mort de George Floyd. Tandis que la planète retient son souffle, ravagée par la pandémie et se préparant à une crise économique sans égal, l’échéance présidentielle américaine n’a jamais été aussi cruciale. »

Olivier André, La couverture maladie aux États-Unis : Contribution à l’étude des systèmes de protection sociale, Presses Universitaires d’Aix-Marseille, collection Droit social, 2021, 648 p.

« Aux États-Unis, près d’une décennie après l’adoption du Affordable Care Act, plus connu sous le nom de « Obamacare », la couverture maladie demeure un sujet extrêmement controversé. La prise en charge de ce risque, bien que redessinée, ne repose toujours pas sur une assurance maladie publique. La création, dans chaque État, de plateformes facilitant la souscription d’un plan de santé et l’instauration d’une législation contraignante ne visent pas à remplacer le marché mais à le perfectionner. L’édiction d’une obligation générale de couverture à destination des entreprises (employer mandate) et, surtout, des particuliers (individual mandate) symbolise cette démarche. La généralisation de la couverture, par la conciliation d’une forme de solidarité rudimentaire avec les valeurs individualistes de la société américaine, ne s’est toutefois pas réalisée aisément. La dynamique d’universalisation espérée par la réforme de 2010 a été profondément contrariée. La contestation judiciaire, politique et sociale de cette dernière a perturbé son application. Le contentieux judiciaire extraordinaire qui en a résulté constitue l’un des témoignages de cette réticence américaine à la création d’une couverture maladie universelle. Cette réforme s’avérait pourtant parfaitement respectueuse de la dimension marchande de l’assurance et aurait ménagé les susceptibilités des États fédérés en raison d’une approche très conciliante de leur souveraineté. La mobilisation surprenante contre cette législation, qui n’a pas entamé le fondement du recours à l’assurance privée, permet de mettre en lumière les déterminants qui freinent encore l’établissement d’une couverture maladie universelle. »

A suivre

Mentions légales | Conception et réalisation: Lucien Castex | Plan du site | Accès restreint