Cour suprême. La Messe rouge inaugurale

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Cour suprême. La Messe rouge inaugurale

La Cour suprême tient au siège du gouvernement une session commençant le premier lundi d’octobre de chaque année et peut tenir des sessions ajournées ou spéciales selon les besoins. Ainsi dispose la loi fédérale (28 U.S. Code § 2). Toutefois, cette ouverture laïque de la session annuelle de la Cour est précédée par un rite religieux. En effet, la veille, une « Messe rouge » (Red Mass) est célébrée à l’église-mère de l’archidiocèse … catholique de Washington : la Cathédrale Saint Matthieu (Cathedral of Saint Matthew the Apostle).

De la longue et riche histoire de l’hommage aux gens du droit qu’est la Messe rouge, l’on retiendra qu’« elle est née il y a plusieurs siècles à Rome, Paris et Londres, son nom [évoquant] également les robes écarlates portées par les juges royaux qui assistaient à la messe il y a plusieurs siècles. Historiquement, la messe rouge marquait l’ouverture officielle de l’année judiciaire de la Sacrée Rote romaine, le tribunal du Saint-Siège. Sous le règne de Louis IX (Saint Louis de France), la Sainte Chapelle à Paris a été désignée comme la chapelle de la Messe. En Angleterre, dès le Moyen Âge et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, des juges et des avocats ont assisté à la Messe rouge, qui est aujourd’hui célébrée chaque année dans la cathédrale de Westminster ».

La plus célèbre et la plus prestigieuse des Messes rouges américaines (1) est donc celle qui se tient à Washington, DC, le dimanche qui précède l’ouverture de la session annuelle de la Cour suprême, et en présence de juges de la Cour suprême, de membres du Congrès, de membres du cabinet du président (des ministres), du corps diplomatique, de gouverneurs ou de dirigeants de municipalités locales, de juges, d’avocats, de professeurs de droit, d’étudiants en droit, et à l’occasion, en présence du président des États-Unis.

Messe rouge, 2015

L’objet en est de rendre hommage aux fonctionnaires, depuis ceux des collectivités locales jusqu’à ceux des organisations internationales installées dans la capitale fédérale, en passant par les fonctionnaires fédéraux. C’est d’ailleurs en tant que saint patron des Civil servants que Matthieu a donné son nom à cette cathédrale de la très « bureaucratique » capitale américaine, alors qu’il est plutôt généralement considéré comme le saint patron des gens du chiffre et du livre (juristes, comptables, fiscalistes, douaniers…).

« MATTHIEU (saint), Mathœus, apôtre et évangéliste, qui s’appelait Lévi avant sa conversion, était publicain, ou receveur des tributs pour les Romains ; il se trouvait à son bureau sur le bord du lac de Génésareth, lorsque le Sauveur lui dit de le suivre, et le publicain obéit sur-le-champ. Ensuite il prépara un festin auquel il invita Jésus-Christ et ses disciples. Après que son divin Maître fut remonté au ciel, il prêcha l’Evangile dans la Judée et dans les provinces voisines, et avant la dispersion des apôtres, il écrivit son Evangile, à la prière des Juifs convertis, de la Palestine. Il le composa en syro-chaldaïque ou hébreu moderne tel qu’on le pariait de son temps ; mais ce texte primitif est perdu, et l’Evangile de saint Matthieu en chaldaïque, tel que nous l’avons maintenant, n’est qu’une version qui a été faite d’après le grec. Le saint apôtre, après avoir opéré de nombreuses conversions en Judée, alla prêcher la foi dans l’Orient, en Perse, en Ethiopie. Les uns croient qu’il mourut à Such, dans l’ancienne Nubie, d’autres, qu’il souffrit le martyre à Naddaver en Ethiopie, et que son corps fut transporté à Hiérapolis dans la Parthie. Quoi qu’il en soit, ses reliques furent apportées dans la suite en Occident, et l’on voit, par une lettre de saint Grégoire VII, en 1080, qu’elles étaient alors à Saterne, dans une église dédiée sous l’invocation du saint évangéliste. Clément d’Alexandrie rapporte que saint Matthieu était fort adonné à l’exercice de la contemplation ; qu’il menait une vie très austère, ne mangeant point de viande, ne vivant que d’herbes, de racines et de fruits sauvages » (Abbé Pétin, Vie des Saints).

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La 69e Messe rouge, le 3 octobre 2021, retient spécialement l’attention pour plusieurs raisons.

La première raison est le contexte de la pandémie de Covid-19 qui oblige les participants à porter un masque et à respecter les gestes-barrières. Ce contexte est physiquement figuré par l’absence du juge Brett Kavanaugh, sociétaire de l’église, testé positif au COVID-19 dans la semaine.

En deuxième lieu, il s’agit de la première Messe rouge à se tenir dans ce haut lieu du catholicisme qui soit en consonance avec la composition religieuse d’une Cour suprême composée majoritairement de catholiques : John Roberts (2), Clarence Thomas, Samuel Alito, Sonia Sotomayor, Brett Kavanaugh, Amy Coney Barrett (Les juges Stephen Breyer et Elena Kagan sont juifs. Le juge Neil Gorsuch est né dans la tradition catholique avant de devenir protestant).

Enfin, cet événement intervient en pleine controverse nationale sur l’avortement, avec l’hypothèse d’un abandon total ou partiel par la Cour suprême de sa jurisprudence Roe v. Wade. La célébration du cardinal Wilton Gregory, de l’archidiocèse de Washington et l’homélie ou le sermon de l’archevêque Gabriele Caccia, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies, seront d’autant plus scrutés à cet égard que, dans le passé, la réaffirmation par des dignitaires catholiques dans leurs homélies de Messe rouge à la Cathédrale Saint Matthieu a pu contrarier certains participants. Tel fut le cas de la juge Ruth Bader Ginsburg qui dira publiquement avoir assisté à une Messe rouge à la Cathédrale Saint Matthieu et avoir décidé de plus y assister.

(1) Les débuts américains de la Messe rouge sont localisés par certains à New York en 1928 et par d’autres à Detroit en 1877.

(2) L’épouse du président de la Cour suprême est consultante de l’association de professionnels catholiques, la John Carroll Society, qui sponsorise cet événement et délivre à cette occasion des prix à des juristes pour leurs activités pro bono.

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